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La réticence de l’informel !

Civisme fiscal  –  Nous avons rencontré une jeune femme de 27 ans qui a toujours travaillé dans le noir. Rédactrice web, elle s’est mis à son compte il y a 4 ans et gagne très bien sa vie depuis. A la question, “comptez-vous déclarer un jour votre activité ?”, la réponse est sans équivoque. “Non !”. Le chemin qui attend le gouvernement dans la lutte contre le secteur informel est encore long …

ATR

Dans son bilan 2016, la Direction générale des impôts a fait savoir que les recettes nationales ont dépassé les prévisions. Cette performance n’occulte cependant pas un secteur informel dont l’importance n’a cessé de grandir ces dernières années. Celui-ci peut prendre plusieurs formes contrairement à ce que l’on peut penser. Les nouveaux métiers liés au Web en sont un parfait exemple. Ces dernières années, le développement d’Internet à Madagascar a permis l’émergence de nouveaux métiers particulièrement appréciés des jeunes. Rédacteur Web, référenceur, webmaster, … les possibilités sont nombreuses et ont permis à plusieurs jeunes diplômés de faire une première incursion dans le monde du travail. Plusieurs grosses sociétés se partagent la manne de l’externalisation offshore dans l’espace francophone et même au-delà, Madagascar étant une terre privilégiée pour ce genre d’activité : main d’œuvre qualifiée et de bon marché.
A côté de ces entreprises, plusieurs petites structures informelles ont vu le jour et recrutent même sur les différentes plateformes d’offre et de demande d’emploi sur Internet. Derrière ces structures se trouvent pour la plupart d’anciens salariés des grosses sociétés qui ont réussi à entrer directement en contact avec les clients en Europe. Cela leur a permis de recevoir directement les commandes et de sous-traiter à leur tour. C’est le cas de notre interlocutrice, une mère de famille de 27 ans qui a préféré taire son nom. Ayant commencé dans une boite de rédaction Web – informelle – en tant que correctrice, elle a décidé de se mettre à son compte il y a 4 ans. “Je me suis inscrite sur un réseau social professionnel et j’ai trouvé un client par hasard. J’ai commencé à faire de petites commandes qui ont grossi au fur et à mesure. Finalement, j’ai décidé de laisser mon travail pour me consacrer à ces commandes. J’ai investi dans une connexion Internet et c’est comme ça a débuté. Aujourd’hui, j’en ai plusieurs et il m’arrive de faire appel à d’autres rédacteurs”. Son mari, également rédacteur freelance, s’est joint à elle et le couple a mis en place une véritable petite entreprise qui leur permet de gagner jusqu’à 5 millions d’ariary en un mois, le tout net d’impôt.
A la question, “comptez-vous déclarer un jour votre activité ?”, la jeune femme a été sans équivoque en répondant par la négative. “Pourquoi devrais-je déclarer ? Cela réduirait mes revenus”, a-t-elle répondu le plus simplement du monde. “Je ne vois aucune raison déclarer ce qu’on fait”, a renchéri son mari. “Personnellement, je ne vais payer d’impôt parce que je n’en vois pas l’utilité. Je ne vais pas financer ce système auquel je ne crois pas”, a-t-il ajouté. Cette réaction est un exemple parmi tant d’autre qui illustre la relation entre les Malgaches et l’administration fiscale perçue encore par la plupart de la population comme un outil d’enrichissement des dirigeants.
C’est la raison pour laquelle la Direction générale des Impôts (DGI) s’active dans la promotion du civisme fiscal. Il faut reconnaitre que la culture de l’impôt n’est pas ancrée dans la population malgache. Pour essayer de rectifier le tir, la DGI a dispensé en 2016 des formations spécialisées aux journalistes et a mené des séances de sensibilisation et d’éducation citoyenne auprès des écoles. Il faut savoir en effet que le lien entre la fiscalité et le développement est clair. C’est un des moyens pour le pays de s’affranchir des aides étrangères en se dotant d’une capacité de financement interne pour lancer des projets.