Vanille2

Filière vanille La spéculation accentue le niveau de l’inflation

K.B

Les cours de la vanille n’ont cessé de croître depuis maintenant deux ans. Ce qui amène les divers opérateurs à spéculer sur le produit. Or, ces spéculations coûtent chers aux populations dans les régions productrices telles que la Sava.
Les cours de la vanille, aussi bien sur le marché local que sur le marché international, ont explosé. Il est passé de « 65 euros le kilo en 2014 à 205 euros en 2015 ». Tandis que sur le marché international, il avoisine actuellement les « 400 euros ». Selon le journal Le Monde, « pour beaucoup, cette bulle spéculative est une aberration ». En effet, « le marché est tendu et déconnecté de la réalité ». Cette hausse continue du cours de la vanille impacte énormément sur le quotidien des populations de la Sava, région productrice des 85% de la vanille malgache. Aussi bien les prix des produits de première nécessité que ceux des autres produits utiles au quotidien des gens connaissent une forte hausse. « Ce n’est pas une bonne chose pour la plupart des populations de Madagascar » témoigne ainsi un habitant de la région dans le journal français. Sans compter les soupçons de blanchiment qui tournent autour de la filière. Toujours d’après ce dossier sur la vanille malgache paru dans le journal Le Monde, « la spéculation sur la vanille serait alimentée par le trafic très juteux du bois de rose, une essence rare prisée en Asie et dont l’exportation est interdite ». Une spéculation qui « permettrait d’exporter la vanille à des prix très élevés et de blanchir ainsi rapidement des sommes colossales ». De nombreuses personnes, dont des opérateurs, parlent en effet de ces soupçons de blanchiment. Toutefois, jusqu’à maintenant, aucune piste concrète n’a pu conduire à la confirmation de cette thèse.
Un prévisible déclin. Le kilo de la vanille s’achète actuellement à près d’un million d’ariary au niveau local. Cependant, il est constaté une dégradation de la qualité de la vanille malgache. Un phénomène qui s’explique d’une part par la peur des producteurs de voir les prix « s’effondrer du jour au lendemain ». Mais également, pour prévenir « les vols » qui sévissent dans la région. Le cours du produit est en effet très volatile et le prix actuel très élevé attise beaucoup les convoitises. Aussi, pour prévenir ces vols et pouvoir vendre les produits au cours actuel élevé, les producteurs récoltent les gousses avant qu’elles n’arrivent à maturité. Il y a aussi le fait que les opérateurs essaient de trouver des moyens pour « gonfler artificiellement » les quantités. Pourtant, aussi bien cette récolte avant maturité que ces triches pour augmenter la quantité des produits sont autant de pratiques qui en affectent et en tuent la qualité. Un produit « dont la moitié est expédiée vers l’Europe et le tiers vers les Etats-Unis ». Et sur un marché international très exigeant, la vanille malgache semble courir à une crise imminente. D’autant plus que d’autres pays, à l’instar de l’Inde ou de l’Indonésie, commencent actuellement à être assez bien cotés. Des efforts ont été fournis pour sécuriser la filière. Cependant, pour l’heure, voyant tout ce que l’insécurité engendre, cela paraît encore insuffisant. Madagascar, producteur de 80% de la vanille mondiale, risque de perdre ce rang si des mesures concrètes et imminentes ne sont pas prises. Au niveau local, les populations productrices se sont déjà organisées, de même que les grands opérateurs. Mais l’insécurité est toujours aussi présente et l’inflation aussi grandissante. Il incombe ainsi à chaque partie prenante de prendre ses responsabilités pour préserver ce produit qui fait la bonne renommée de la Grande île.